Umberto Eco & Jean-Claude Carrière, N’espérez pas vous débarrasser des livres


Umberto Eco, Jean-Claude Carrière N'espérez pas vous débarrasser des livres

Prenez deux amoureux des livres, auteurs et collectionneurs. Placez-les dans une même pièce, lancez quelques thématiques autour du livre et laissez-les échanger. Transcrivez les échanges, et vous obtenez N’espérez pas vous débarrasser des livres. 

Une thématique accrocheuse et prometteuse, qui malheureusement ne répond pas vraiment à la question de base. Oui, j’ai été déçue par ce livre qui aurait pu nous fournir quelques belles pensées sur les livres, faire un point sur l’histoire du livre, son devenir, son importance dans notre culture et notre quotidien. Au lieu de ça j’ai eu l’impression de lire deux collectionneurs se regarder le nombril et se demander qui des deux a la plus grosse… collection d’incunables.

Incunables: Se dit d’un livre imprimé en Occident avant 1500 (source). Parce qu’on apprend quand même des chose dans ce livre. On en apprend un peu plus sur les livres de collection (peut-être même trop à mon goût, il m’a semblé que ce point occupait une grande partie du livre, et qu’il était le pretexte à beaucoup trop de « moi-je »), la censure, l’héritage des collections etc…

Quatrième de couverture

Jean-Claude Carrière, Umberto Eco N'espérez pas vous débarrasser des livres

Du papyrus au fichier électronique, nous traversons deux mille ans d’histoire du livre à travers une discussion à la fois érudite et humoristique, savante et subjective, dialectique et anecdotique, curieuse et goûteuse. On y parcourt les temps et les lieux, les personnes réelles s’y mêlent aux personnages de fiction, on y fait l’éloge de la bêtise, on y analyse la passion du collectionneur, les raisons pour lesquelles telle époque engendre des chefs-d’œuvre, la manière dont fonctionnent la mémoire et le classement d’une bibliothèque. En ces temps d’obscurantisme galopant, c’est peut-être le plus bel hommage qui se puisse imaginer à la culture de l’esprit, et l’antidote le plus efficace au désenchantement.

Dans le fond je reproche au livre de présenter deux intervenants coupés du monde, qui ne ressemblent pas aux lecteurs comme vous et moi, et qui du coup présentent une vision du livre d’érudits. Ils nous tartinent des pages d’exemples de quête d’incunables, de ce que vont faire leurs héritiers de leurs collections à leur mort (nous autres ne craignons pas que nos progénitures se déchirent lors du partage de nos 150 livres de poche…). Quant à l’idée de « conversation » entre érudits, j’émettrais là aussi un bémol. Souvent les intervenants ne se répondent pas, ils parlent chacun leur tour, nuance.

Les thèmes que j’aurais aimé voir abordés ou évoqués plus en profondeur?

  • L’existence du plus grand best-seller qui soit: les livres religieux, leur naissance, leur importance à travers les âges, leur pouvoir sur la pensée, les actes, la politique etc…
  • Une brève histoire du livre. Même si elle est évoquée de manière éparpillée, parlons des transitions des supports à un autre. Finissons par parler du livre numérique (évoqué au tout début, puis silence radio…), de la redéfinition du marché du livre, de la diffusion de la culture qui en découle. Evoquons l’auto-édition, la notion de filtre des intermédiaires de la chaine du livre qui saute…
  • Listons les formes de censure qui ont existé. Même si l’autodafé est évoqué, décortiquons la symbolique. Parlons de ces régimes qui assoient leur autorité sur l’existence d’un livre unique, de ces autres qui ne veulent pas que leurs sujets sachent lire.
  • Et puisque nous parlons de Bradbury suite à son décès, notons cet extrait de Fahrenheit 451 «Il n’y a pas besoin de brûler des livres pour détruire une culture. Juste de faire en sorte que les gens arrêtent de les lire.» Pourquoi ne pas se questionner sur le livre aujourd’hui (on se fout qu’ils soient numériques ou papier), sa perception par notre société qui devient une société du spectacle, tourne la lecture en activité Has-Been pour nerd asocial?

En fait j’aurais aimé beaucoup plus d’exemples concrets dans ce genre:

La plupart des travellings, dans le cinéma occidental, vont de gauche à droite, alors que j’ai souvent vérifié le contraire dans le cinéma iranien, pour ne citer que celui-là. Pourquoi ne pas imaginer que des habitudes de lecture puissent conditionner nos modes de vision ? Les mouvements instinctifs de nos yeux ?

Enfin je peux accepter qu’on affirme que ce n’est pas grave d’avoir dans sa bibliothèque des livres qu’on n’a pas (encore) lus, mais de là à dire qu’on peut parler d’un livre qu’on n’a pas lu… C’est décidé, demain je m’attèle à l’écriture d’une chronique d’un livre de ces messieurs, en me basant sur ce que j’en ai entendu, parce que j’ai autre chose à faire que de les lire…

Pour lire la suite

Editions GrassetAjouter le livre à votre Pile à Lire

Une chronique écrite en buvant une tasse de thé Oblong au cédrat et en écoutant Torche – Meanderthal

  • Si j’ai apprécié cette lecture, je suis d’accord avec toi sur les points négatifs. Je me suis souvent sentie en décalage avec la culture des deux auteurs et le livre n’a pas répondu à toutes mes questions non plus… Une jolie chronique, tonique et intéressante 🙂