Sherman Alexie, Dix petits indiens : « et il n’en resta plus aucun »


Sherman Alexie, Dix petits indiens

Savez-vous d'où vient le nom de la ville de Seattle ? C'est en fait le nom d'un chef indien local ayant fait un discours qui, parait-il, a marqué l'histoire. Si cette ville est si enracinée dans la culture amérindienne, il n'est pas étonnant de voir que les 10 nouvelles de Dix petits Indiens s'y passent.

Dix petits indiens (de Sherman Alexie, et pas le roman d'Agatha Christie 10 petits nègres publié sous le titre 10 petits Indiens aux USA) est un recueil de nouvelles qui dresse le portrait de 10 Indiens Spokane. Les portraits soulèvent différentes questions, notamment l'intégration, le métissage, l'héritage culturel, le racisme etc… Les différentes histoires ne sont pas répétitives et les portraits sont différents. L'ensemble reste cependant assez inégal (j'ai l'impression que cet adjectif est, par définition, bon à appliquer à la plupart des recueils de nouvelles…). A mon avis, la moitié des histoires seulement est à conserver. En effet si le but de ce recueil est de présenter des portraits, j'estime qu'il ne faut pas pour autant passer à la trappe la tranche de vie qui nous est relatée. Un personnage, aussi intéressant soit-il, n'est rien sans une histoire de fond un tantinet… existante?

Quatrième de couverture

Sherman Alexie, Dix petits indiens

Dans une Amérique fragilisée par la menace terroriste, tout est source de divisions : les sexes, les races ou les classes sociales. À travers dix récits au timbre unique, portés par le souffle chamanique de la culture Spokane, Sherman Alexie brossent le portrait d'une indianité prise dans les contradictions de ce pays. Etudiant, juriste, mère au foyer, poète, aucun n'échappe au racisme ou au poids du passé, mais tous rêvent d'une intégration réussie. À la fois drôle et grave, mais toujours radicale dans son exigence de justice et de liberté, la voix d'Alexie puise à la source même de l'expérience humaine et nous offre son livre le plus étonnant.

Les portraits nous permettent tout de même de palper les interrogations des héritiers Spokane qui n'estiment pas pour autant que seule cette origine les définit. Loin d'être une preuve de parti pris, le livre critique autant les Blancs que les Amérindiens (du moins ceux qui se noient dans l'alcool et l'ignorance), souvent avec humour, parfois avec cynisme. J'ai pour ma part adoré la nouvelle qui ouvre le bal : « Moteur de recherche ». C'est l'histoire de Corliss qui a quitté la réserve pour faire des études. Amoureuse de poésie, elle est un ovni dans sa propre « tribu ». Partagée entre amour des racines et constat de la médiocrité de certains qui se contentent de faire ce qu'on leur a dit de faire, elle part en quête d'un auteur de poésie Spokane dont personne n'a entendu parler dans sa réserve.

Corliss n'ignorait pas combien les Indiens étaient obsédés par l'authenticité. Colonisés, exterminés, exilés, les Indiens avaient forgé leur identité en interrogeant l'identité des autres Indiens. Remplis de haine de soi et de doutes, ils avaient fait de leurs tribus des sectes nationalistes. Mais peut-on nous reprocher notre folie ? se demandait Corliss. Nous sommes des gens exilés par d'autres exilés, par des puritains, des pèlerins, des protestants et tous ces autres cinglés de Blancs jetés hors de cette Europe plus cinglée encore. Nous qui étions jadis indigènes en ce pays, nous devons immigrer dans sa culture.

« Ah les Blancs ! » s'exclamait ma mère au moins une fois par jour, quoique son grand-père paternel était à moitié blanc, et sa grand-mère maternelle presque entièrement blanche.

Ma mère est allée à l'université grâce à des bourses émanant de fondations blanches ; elle était l'assistante d'un professeur blanc ; elle empruntait de l'argent à des Blancs qui n'avaient pas beaucoup d'argent à prêter ; notre propriétaire blanc nous a laissés ne payer que la moitié de notre loyer pendant une année entière et n'a jamais réclamé le reste ; ma baby-sitter préférée était une Blanche aux cheveux roux.

« Ah les Blancs ! » Ma mère aurait dû chanter leurs louanges, et moi aussi je devrais chanter leurs louanges ! Mais nous ne chantons pas pour eux. Les Indiens ne sont pas présumés chanter pour les Blancs. Est-ce que l'antilope chante des chants d'honneur pour le lion ?

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Une chronique écrite en buvant une tasse de thé Abracacérolat et en écoutant Earth, Angels of Darkness Demons of Light (forcément…)