Serge Brussolo, Le syndrome du scaphandrier : moi aussi mes rêves sont des œuvres d’art !


Le syndrome du scaphandrier, Serge Brussolo

Quand les journées sont mornes, sans amusement, sans travail satisfaisant et sans compagnie à la hauteur, que reste-t-il ? La nuit, le sommeil. Pour peu qu’on parvienne à maîtriser nos rêves, on peut devenir qui on veut, vivre de grandes aventures et s’inventer une vie à la hauteur. Cependant le réveil reste l’ennemi du rêveur qui refait bien souvent surface avec des images certes agréables mais qui s’éloignent à mesure qu’il plisse les yeux pour les replacer en contexte. Ce qu’on ramène alors des profondeurs de nos rêves, c’est l’amertume.

David n’est pas satisfait de sa vie, de son travail et de sa solitude et souvent il ne pense qu’à une chose : repartir dans ses rêves, vivre de grandes aventures, rejoindre la fille qu’il aime et rapporter ce pour quoi on le paye. En effet, David n’est pas un simple rêveur : David est chasseur de rêves. À chaque descente, il devient un cambrioleur, il prend de nombreux risques entouré d’une équipe de choc pendant que son corps, là-haut, est médicalement surveillé. C’est l’importance du butin qu’il rapportera qui déterminera la valeur marchande de l’ectoplasme qu’il matérialisera à son réveil. Ces médiums-artistes-rêveurs ont le vent en poupe depuis qu’on a décelé des vertus médicales et apaisantes aux œuvres d’art que leurs esprits façonnent. Seulement depuis quelques temps les ectoplasmes de David sont de piètre qualité et il doit impérativement changer la donne ou on ne lui offrira plus de soutien médical, le privant ainsi de son existence onirique palpitante, à moins que… À moins que David ne fasse un gros coup, ne descende trop vite, trop loin, trop longtemps… Le syndrome du scaphandrier c’est ça : ne vivre là-haut que pour redescendre dès que possible. Privilégier son moi profond en laissant pourrir en haut son corps, vivre en bas pour laisser exister ses amis imaginaires et s’évader. 

Quatrième de couverture

Le syndrome du scaphandrier, Serge BrussoloDavid est un chasseur de rêves. Chaque nuit il s'enfonce au cœur du sommeil pour en ramener d'étranges objets que se disputent des collectionneurs avides. Si, dans le monde réel, David est un modeste fonctionnaire au service d'une administration sans visage, en rêve il mène la vie exaltante et dangereuse d'un cambrioleur aux effractions chaque fois plus risquées. Les psychologues lui affirment que cet univers parallèle n'existe pas, que ces complices, ces gangsters, ces femmes fatales des profondeurs sont un pur produit de son imagination. Mais comment en être vraiment sûr ? Et si l'on pouvait passer en fraude la frontière de la réalité pour se réfugier dans la zone libre des songes ?

C’est avec ce roman que j’ai découvert Serge Brussolo, et j’ai été séduite. En ouvrant ce livre il ne faut pas s’attendre à une suite d’actions et de rebondissements hollywoodiens, on est dans le rêve, il ne faut pas l’oublier. Brussolo soulève de bonnes questions (la place de l’art aujourd’hui, le rêve comme échappatoire parfois dangereux, la matérialisation de l’inconscient…) et parvient à créer de belles images. J’ai personnellement refermé ce livre avec l’impression de sortir progressivement d’une bulle, de remonter un par un les degrés de l’inconscient comme le fait David.

« C’est vraiment un très gros coup, murmurait Nadia. Tu sais que tout le musée est placé sous la surveillance d’yeux électroniques chargés de déclencher l’alarme dès qu’ils identifient une silhouette en mouvement ? Ils balayent toutes les salles en permanence et sont capables de repérer une souris à trente mètres. » David hocha la tête. Il reconnaissait la tirade, elle sortait tout droit d’un roman policier lu dans son enfance et dont il croyait avoir totalement oublié l’intrigue. Le nom du tableau, cette bataille de Kanstädt qu’il avait évoquée tout à l’heure, provenait du même livre, il était prêt à le parier. […]

« Il faudra engager un spécialiste, dit gravement Nadia. Seul le Pr Zénios pourra neutraliser des yeux électroniques. C’est un hypnotiseur. Lorsqu’il se sera occupé d’elles, les cellules de détection ne verront plus que ce qu’il leur aura ordonné de voir. » David n’avait jamais entendu parler de ce Zénios, il en fut heureux. N’était-ce pas une preuve supplémentaire de l’indépendance du monde d’en bas ?

Pour lire la suite

Folio SFAjouter le livre à votre Liste À Lire

Une chronique écrite en buvant une tasse de thé Soirée Ciné et en écoutant The Black Angels, Directions to see a ghost