Morceaux choisis : Ambrose Bierce et la justice


Le dictionnaire du Diable, Ambrose Bierce

Ces dernières semaines j’ai, totalement par hasard, nagé dans les eaux sombres du crime. Après avoir créé et mis en place la Bibliothèque de l’Heure du Crime, j’ai tenté de vous convaincre de contribuer à l’appel au financement participatif de la revue Alibi (je ne sais pas si ça a fonctionné mais les 100% ont été atteints depuis). Alors lorsqu’il a fallu trouver un moyen de vous parler du Dictionnaire du Diable d’Ambrose Bierce, j’ai tout simplement choisi de recenser ses pensées sur la justice et le crime. Cynique ? Sarcastique ? Ou méga-troll-des-forêts ? A vous de juger…

Accuser : v. tr. Affirmer la culpabilité ou l’indignité d’autrui ; le plus souvent pour se justifier de lui avoir fait du tort.

Amnistie : n. Magnanimité d’un Etat envers des délinquants qu’il serait trop onéreux de punir.

Appel (faire) : v. intr. En termes de justice, remettre les dés dans le cornet pour les lancer à nouveau.

Arrêter : v. tr. Détenir officiellement un individu accusé de comportement insolite.
« Dieu fit le monde en six jours et fut arrêté le septième » – version non autorisée.

Complice : n. Individu qui s’associe à un autre dans un crime en pleine connaissance de cause, tel un avocat qui défend un criminel en le sachant coupable. Ce point de vue sur la position des avocats n’a pas encore reçu l’assentiment de ces derniers, personne ne leur ayant offert d’honoraires pour qu’ils le donnent.

Compromis : n. Ajustement d’intérêts conflictuels donnant à chaque adversaire la satisfaction de penser qu’il a obtenu ce qu’il n’aurait pas dû obtenir et qu’il n’est privé de rien sinon de ce qui lui était justement dû.

Délit : n. Infraction à la loi qui a moins de dignité qu’un crime et qui n’est pas suffisante pour être reçu dans la haute société criminelle.

Diffamer : v. tr. Mentir au sujet d’autrui. Dire la vérité au sujet d’autrui.

Guillotine : n. Machine qui fait hausser les épaules à un Français pour une excellente raison.

Habeas Corpus : (latin). Assignation grâce à laquelle un homme peut être sorti de prison quand il est détenu pour un crime qui n’est pas le sien.

Homicide : n. Élimination d’un être humain par un autre. Il existe quatre sorte d’homicides : félons, excusables, justifiables et louables, mais, pour la personne éliminée, cela ne fait pas de grande différence qu’elle l’ait été d’une manière ou d’une autre – la classification profite surtout aux juristes.

Injustice : n. Fardeau qui, de tous ceux que nous imposons à d’autres et portons nous-mêmes, est le plus léger dans les mains et le plus lourd sur le dos.

Justice : n. Denrée que, dans un état plus ou moins avarié, l’Etat vend au citoyen en récompense de son allégeance, de ses impôts et de ses services personnels.

Légal : adj. Compatible avec la volonté d’un juge ayant juridiction.

Preuve : n. Évidence qui a une once de plus de plausibilité que d’invraisemblance. Témoignage de deux personnes crédibles face à celui d’une seule.

Prison : n. Lieu de châtiments et de récompenses. Le poète nous assure que « des murs de pierre ne font pas une prison », mais la combinaison entre murs de pierre, parasite politique et instructeur de morale n’a rien d’un jardin des délices.

Rançon : n. Achat de ce qui n’appartient pas au vendeur et ne peut appartenir à l’acheteur. Le moins fructueux des placements.

Tuer : v. tr. Créer une vacance sans nommer de successeur.

A propos du livre

Le Dictionnaire du Diable, Ambrose Bierce

 

Le dictionnaire du diable, Ambrose Bierce, Librio

Politique, administration, moralité ou religion : en sept cents aphorismes drolatiques, Ambrose Bierce, maître de l’humour noir, revisite dans Le Dictionnaire du diable tous les lieux communs de l’Amérique du XIXe siècle. La férocité de sa plume sert son combat contre toutes les formes d’hypocrisie de la société. Un véritable antidote aux idées reçues !

 

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