Eduardo Mendoza, Sans nouvelles de Gurb : En attendant Gurb


Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza

Lors d’une précédente rencontre du club de lecture, Gustave recommandait Sans nouvelles de Gurb et nous expliquait que Gurb, un extra-terrestre fraîchement débarqué en Espagne avait disparu et que son coéquipier allait nous raconter comment il était parti à la recherche de son ami. Ce que Gustave n’avait pas dit, c’est que le livre fait dans l’humour !

Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza

 

Quatrième de couverture

Gurb a disparu dans Barcelone, dissimulé sous les traits de Madonna.
Précision : Gurb est un extraterrestre. Parti à sa recherche sous une apparence moins voyante, son coéquipier tient scrupuleusement le journal de ses observations. Une satire délirante et désopilante de notre monde moderne.

Au travers de son périple, le personnage principal découvre les humains et nous fait part de ses observations et de ses réflexions. Tout y passe : notre fonctionnement biologique, les habitudes sur lesquelles on n’a même plus de recul, les expressions au sens trop imagé qu’on considère comme acquises par tous (passer une nuit de chien devient passer une nuit avec un chien) ou les lois qui régissent les codes sociaux (non, on n’offre pas un masque mortuaire lorsqu’on rend visite à quelqu’un qui se remet d’une opération, non).

1h30 Je suis réveillé par un bruit épouvantable. Il y a de cela des millions d’années (ou plus) la terre a pris sa configuration actuelle en subissant des cataclysmes monstrueux : les océans envahissaient les côtes et engloutissaient des îles ; tandis que des pics gigantesques s’écroulaient et que des volcans en éruption engendraient de nouvelles montagnes ; des séismes déplaçaient des continents. Pour rappeler ce phénomène, la municipalité envoie chaque nuit des appareils appelés bennes à ordures reproduire cette ambiance tellurique sous les fenêtres de ses administrés.

Le concept n’est bien entendu pas nouveau, on a souvent mis en scène un personnage extérieur à notre culture afin de la regarder avec recul et de la critiquer. Je pense notamment aux Lettres Persanes, oeuvre de Montesquieu écrite au 18è siècle et mettant en scène des Perses en voyage en Europe, ou encore Les Français aussi ont un accent qui, à une toute autre époque, raconte les péripéties de Jean-Benoit Nadeau et Julie Barlow, les auteurs, Québécois en séjour en France. Livre qu’au passage je recommande vivement.

Faisant autant appel à l’absurde, aux situations alambiquées qu’au comique de répétition, le livre de 170 pages présenté comme un journal de bord saura vous faire sourire voire même franchement rire. Et réfléchir. Un peu.

17h00 J’entre dans une charcuterie et j’achète sept cents jambons fumés.
17h10 J’entre chez un marchand de fruits et légumes, et j’achète une livre de carottes.
17h20 J’entre chez un vendeur de voitures et j’achète une Maserati.
17h45 J’entre dans un magasin d’électroménager et j’achète tout.
18h00 J’entre dans un magasin de jouets et j’achète un déguisement d’Indien, cent douze petites culottes de poupées Barbie et une toupie.
18h30 J’entre chez un marchand de vin, et j’achète cinq bouteilles de Baron Mouchoir Moqué 1952 et une demi-jeanne de huit litres de vin de table Le Pentateuque.
19h00 J’entre dans une bijouterie et j’achète une Rolex en or automatique, waterproof, antimagnétique et antichoc, que je casse sur-le-champ.
19h30 J’entre dans une parfumerie et j’achète quinze flacons d’Eau de Ferum, la dernière nouveauté.
20h00 Je décide que l’argent ne fait pas le bonheur, je désintègre tout ce que j’ai acheté, et je continue ma promenade les mains dans les poches et le coeur léger.

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Une chronique écrite en buvant une tasse de thé Tourbillon et en écoutant High on Fire, Death is this communion