Archives pour la catégorie Biographie

Marie Lecocq et Jean-Paul Coillard, Danse avec les clous ou la saga mouvementée de NIN


Danse avec les clous ou la saga mouvementée de NIN

Je relis très rarement un livre. Si il n'y a plus de surprise, de suspens et de rebondissements à découvrir, à quoi bon? Et puis pourquoi lire je ne sais combien de fois le même livre, alors que tant d'autres n'attendent que d'être lus?

Les seuls livres que j'ai jusqu'à maintenant relus sont des biographies. Le hasard a voulu que le peu de biographies que j'ai lues concernent des groupes et j'imagine que je me suis ruée dessus dès que j'ai découvert lesdits groupes. Mais une biographie c'est assez épais, entre les collaborateurs, les influenceurs (toutes disciplines confondues), les influencés, ça fait du monde à découvrir pour élargir sa culture. Alors je trouve intéressant, une fois que le groupe est plus au moins maîtrisé et que la découverte de la scène s'est faite de manière beaucoup plus naturelle, de remettre le nez dans les pages du livre, pour combler les lacunes. La maturité en plus.

Danse avec les clous ou la saga mouvementée de NIN

Quatrième de couverture

Cette biographie retrace la carrière haute en couleur de cette figure emblématiques de la scène rock/indus/gothique, bien que Reznor refuse toute étiquette pour s'en tenir à une farouche indépendance. Mixant dès les années 80 des sons venus de mars et de la scène électro-pop avec des rythmes punks, ce que l'on allait appeler le métal. Mentor de Marylin Manson, musicien, sorcier des studios, producteur, arrangeur, il est un phénomène unique. Une véritable "Pretty Hate Machine".

En fait ce livre m'a fait dérogé par deux fois à mes habitudes de lecture. Déjà, je l'ai relu (ce qu'on avait bien compris je pense), ensuite parce que ce même livre fait partie des très rares que je n'ai jamais terminé (lors de la première lecture). Et juste pour ces deux anecdotes, il a bien sa place ici. Si il y a quelques années j'avais été séduite par le fond, la forme m'avait pas mal refroidie. Jamais je n'avais lu une écriture aussi désagréable. Et la deuxième lecture m'a fait retrouver mon marque-page, délaissé depuis des années entre les pages 62 et 63.

C'est avec un petit sourire en coin que j'ai donc ouvert la bête… et le deuxième paragraphe a agit comme madeleine de Proust de ma douleur de l'époque:

Peut-on dire de l'indus (la musique industrielle) que c'est le frère, ou plutôt le cousin du punk, un cousin éloigné, sombre, inquiet, cadavérique, peu enclin au pogo et au crachat?

Certes oui. Maladif, reclus en bout de table, solitaire, mangeant et parlant encore moins mais lançant des regards fiévreux autour de lui comme s'il voulait incorporer choses et êtres alentours à un paysage tourmenté, noir et blanc et gris, plein de lames scintillantes et de verre ultra coupant, idéal pour y passer sa langue d'ascète fébrile? A nouveau oui.

Phrases à rallonge, utilisation abusive de virgules pour une phrase qui ne contient aucune information… voilà. Second point dans la forme qui m'a vraiment gêné: les anglicismes. Je n'ai absolument rien contre les anglicismes "acceptés" mais je me passerais volontiers des "Boyfriend" et "Girlfriend" et encore plus des faux-anglicismes créés pour faire in ("au finish", même quand c'est Frédéric Dard qui l'écrit ça me fout en boule).

Le fond quant à lui relève pas mal le niveau. En effet la scène industrielle et les scènes connexes sont évoquées, remises en contexte. Les morceaux sont rapidement analysés, en termes de signification comme de composition musicale. On ne tartine pas des pages sur l'enfance de Trent Reznor (divorce des parents assez bien surmonté, pas d'éducation religieuse stricte, pas d'ami imaginaire, alors à quoi bon écrire 40 pages de pédopsychiatrie?). La présence d'extraits d'interviews donne du poids aux propos et permet de cerner la personnalité de celui qui s'exprime. N'étant pas une fan groupie de Nine Inch Nails je suis dans l'incapacité de dire si des informations erronées parsèment le bouquin, je ne me prononcerai donc pas là-dessus. Je peux cependant relever quelques contradictions à l'intérieur même du livre. Aïe, ça ça ne pardonne pas…

Au final un livre au fond intéressant, avec une forme qui impacte beaucoup plus la lecture qu'on ne pourrait le croire. Loin d'être un incontournable, Danse avec les clous ne peut même pas se vanter d'avoir des titres de chapitres intéressants… 

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Une chronique écrite en buvant une tasse de thé de Jessie et en écoutant Nine Inch Nails, Year Zero

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Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, On nous appelait les sauvages


On nous appelait les sauvages, Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif

28 janvier 2012. Après exactement 2 ans, 1 mois et 17 jours passés au Québec, me voici dans l’avion qui me ramène à la mère patrie. Pour compléter ma connaissance de ce bout de terre que je laisse (à contrecœur) derrière moi, je tourne, à quelques 10 000 mètres au-dessus de l’océan, les premières pages d’On nous appelait les sauvages.

Cette biographie, c’est l’histoire de Dominique Rankin, un chef héréditaire algonquin né en Abitibi (ouest du Québec) en 1947. Cette biographie, c’est aussi un regard sur le mode de vie, les croyances et la culture autochtones. Cette biographie, enfin, c’est également le témoignage des relations entre autochtones et hommes blancs. J’imagine qu’on a pas mal assimilé que les colons blancs avaient pas mal déconné à l’époque, on l’a facilement accepté parce que c’est loin, parce qu’on n’y était pas. Sauf que l’ « histoire » se passe ici dans la période d’après-guerre…

Quatrième de couverture

On nous appelait les sauvages, Dominique Rankin et Marie-Josée TardifNé sur les berges de la majestueuse rivière Harricana, en Abitibi, le jeune Dominique Rankin est destiné à succéder à son père à titre de chef héréditaire et homme-médecine, mais l’envahissement des territoires autochtones par les Blancs et l’intégration forcée à leur société change radicalement le cours de son existence. Arraché à ses parents et à sa culture, il grandit dans le pensionnat des petits Sauvages avant de retrouver la liberté, son peuple et ses origines. Il ouvre aujourd’hui le livre de ses souvenirs, les plus lumineux comme les plus sombres, et offre un vibrant témoignage sur le respect, le pardon et la guérison.

On peut dire que le livre est construit sur trois grands axes. Dans un premier temps, On nous appelait les sauvages fait office de guide pour découvrir l’histoire des peuples autochtones en général et algonquins en particulier. On commence par apprendre à prononcer les lettres de l’alphabet pour ainsi pouvoir déchiffrer et reconnaître les termes de la langue natale de Dominique (T8aminik) qui parsèment le récit (et en forçant un peu, on ferme le livre en sachant dire « bonjour » et « merci »). Puis progressivement on découvre toutes les composantes du peuple en question : croyances, nomadisme, vie et survie en forêt, harmonie avec la nature et respect des animaux qui la peuplent, relation avec les anciens… et sens de l’humour !

En ce qui nous concerne, lorsqu’il s’agit de distinguer notre nation des autres, nous avons toujours utilisé le terme Mami8inni. Ce nom nous plait beaucoup, car il est très rigolo. Il se rapporte à notre goût pour la récolte des petits fruits que la terre-Maman nous offre durant la douce saison : fraises, framboises, bleuets (appelés myrtilles en Europe), etc. Or, pour cueillir ces fruits, il faut bien se pencher. Et qu’est-ce qui s’offre au regard du visiteur qui arrive sur les lieux où la communauté entière s’affaire à récolter les précieuses baies ? Toute une famille d’arrière-trains – des petits, des gros, des charnus, des maigres, des jeunes, des vieux – se dressant paisiblement sous le soleil ! Voilà qui nous sommes : la tribu aux postérieurs fièrement dressés vers le ciel !

Vient ensuite le cœur du récit, la partie biographique : l’arrachement de Dominique Rankin à ses racines. Forcé à rejoindre bon nombre d’enfants dans un « pensionnat de petits sauvages », T8aminik devra renoncer à ses vêtements, ses cheveux, sa langue, ses coutumes, bref, son identité. « Tuer l’indien dans l’enfant » était le mot d’ordre, et Dominique dénonce le zèle de certains religieux qui sont allés jusqu’à tuer l’enfant dans l’enfant…

Les livres de mon enfance, sur l’histoire du Canada, me revinrent à la mémoire. Ces images que nous montraient les missionnaires, au pensionnat, étaient pleines de violence. On y voyait des indiens scalpant des explorateurs blancs, suspendant des jésuites au-dessus d’un grand feu ou les écorchant vifs.  Un jour, j’avais dérobé un de ces manuels scolaires afin de provoquer mon père pendant les vacances d’été. « Tu m’as menti ! lui avais-je lancé avec mépris. Partout dans ce livre, on voit des chefs tuer des Blancs. Toi, tu es un chef. Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de tous ces crimes ? » Après avoir tourné une à une les pages du livre, mon pauvre père était resté muet longtemps. Il ne savait pas lire, mais saisissait néanmoins la signification des nombreuses images de l’«histoire du Canada ». Les enseignements du passé, tels que les nôtres les relataient, n’avaient rien à voir avec tout ce sang et ces conquêtes.

Enfin, la dernière partie constitue un chapitre qui pourrait être extrait d’un livre de développement personnel : T8aminik raconte son parcours vers l’acceptation, la résilience et le pardon. Homme-médecin par héritage, Dominique a dû apprendre à soigner le mental en mettant son corps à l’épreuve sur la plateforme ou dans la tente de sudation. À l’issue de ces épreuves il parviendra à enterrer le passé pour revivre et s’investir auprès de sa communauté. 

On nous appelait les sauvages n’est nullement moralisateur ou haineux envers l’ « homme blanc », Dominique Rankin est un chef spirituel qui prône le rapprochement des peuples et l’amour de la nature.

C’est vraiment un livre que je conseille à tous tant ces 3 parties ont chacune quelque chose à apporter. Et si comme moi vos démarches sont en cours pour devenir résident ou citoyen du Canada (au Québec ou ailleurs) sachez que les heures sombres d’un pays font partie intégrante de votre pays d’adoption, tout comme les fameux Canadiens de Montréal ou la poutine de 4h du matin. Bien entendu ce livre est une prise de conscience sur le passé des autochtones du Canada en particulier, et les autochtones de tous les pays en général, parce que l’homme blanc s’y connaît niveau casseroles au cul…

Le Prix Nobel de la paix, le Sud-Africain Mgr Desmond Tutu, a un jour déclaré « Quand les missionnaires sont venus en Afrique, ils avaient la Bible, et nous le territoire. Ils ont dit « Prions » et nous avons fermé les yeux. Lorsque nous les avons rouverts,  nous avions la Bible et eux le territoire ». Étrange comme cette histoire ressemble à la nôtre…

A la lecture de ce paragraphe, c’est un extrait de La porte des Mondes (voir le billet ici) qui a résonné dans ma tête. Il s’agit d’une uchronie signée Robert Silverberg dans laquelle la Peste de 1348 a été beaucoup plus meurtrière, ralentissant alors le développement des peuples européens et les empêchant de conquérir l’Afrique et l’Amérique:

« Vous, les Blancs, vous étiez bien capables de conquérir aussi l’Afrique car l’esprit de conquête vous habite. Mais l’Afrique aussi s’est trouvée à l’abri de votre violence et ses royaumes noirs ont subsisté. La Peste était peut-être une punition des dieux, pour vous apprendre à respecter les terres des autres. »

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Une chronique écrite en buvant une tasse de thé Aurores Boréales et en écoutant Red Sparowes, Every Red Heart Shines Toward the Red Sun

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